Le document ci-joint, dont je ne connais pas l’auteur [1], circule au début de cette année 2007 entre Dakarois connectés à Internet (et sans doute beaucoup plus loin). Je vous invite à le lire [2] et à y réagir. Il n’est pas anecdotique, de telles réflexions sont régulièrement présentes ici autour du même thème.

Je ne suis pas un théoricien du développement et sans doute que la plupart d’entre-vous non plus. C’est donc un débat sans prétention que j’aimerais lancer ici, si vous avez un avis sur le sujet, partagez-le avec nous ! Bien entendu, si vous avez des références plus précises en la matière, je serais également heureux de les lire.

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Attitude et développement

En lisant le document Attitude et développement, que vous pouvez télécharger ici à droite, il nous semble bien construit et fait sourire, on acquiesce gentillement, finalement, n’est-ce pas ça ?

Bien entendu, comme je ne suis pas (encore ?) Africain, je n’oserais pas prendre position par rapport aux valeurs dont ce texte dit qu’elles ne sont pas portées par la culture africaine (éthique, intégrité, responsabilité, respect des règlements, effort au travail, etc.), il me semble qu’il y grandement lieu de nuancer, mais à vous de juger vous-mêmes.

En poursuivant la réflexion, j’ai cependant envie de réagir face aux exemples cités tels que la Suisse, la Nouvelle Zélande, l’Australie, le Canada, le Japon il me semble qu’il faut faire attention aux comparaisons et amalgames. Il y a tout de même une différence majeure entre ces pays et les pays africains : les périodes coloniales et post-coloniales n’y ont pas existé. La Suisse et le Japon n’ont jamais été occupés et si le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont bien été colonisés, ils n’ont par contre jamais été indépendants, ce sont toujours les colons qui y gouvernent, les indigènes de ces pays sont à présent quasiment inexistants (Amérindiens et Inuits au Canada, Aborigènes en Australie et Maoris en Nouvelle-Zélande), même s’ils ne sont plus opprimés, on ne peut pas vraiment dire qu’ils participent à la vie politique ou économique de leur pays, ou alors de manière anecdotique.

La colonisation a fait un beau transfert de richesses du sud vers le nord. Venez voir à Bruxelles ce que le roi Léopold II a construit avec les richesses du Congo. Et c’est pareil dans la plupart des grandes puissances coloniales (France, Italie, Espagne, Portugal, Angleterre, Allemagne, etc.).

D’accord, depuis lors il y a eu l’indépendance, mais la main mise des pays occidentaux sur les pays africains a continué après celle-ci. Et continue encore en de nombreux endroits aujourd’hui, que ce soit par l’entremise d’accords commerciaux bilatéraux (le libre échange est plus libre pour les pays riches que pour les pays pauvres), ou par les politiques interventionnistes du FMI et de la Banque Mondiale qui réduisent à néant les efforts de développement nationaux, par exemple en matière d’éducation, par leurs ajustements structurels et autres conditions à l’octroi de financements pourtant si nécessaires au développement. Comment aurait fait l’Europe après la seconde guerre mondiale si elle n’avait pas eu le plan Marshall et un système d’éducation performant ?

En plus de tout cela, il y a bien entendu le comportement des dirigeants africains. Lorsqu’un de ces dirigeants essaye de développer sa propre politique de développement, soit il est bien vite remercié ou réduit au silence [1], soit ses confrères africains, jaloux, ne veulent pas le suivre. Rares sont ceux qui sortent du lot [2]. La majorité de autres dirigeants poursuivent leurs petits intérêts et complontent allègrement avec les pays occidentaux. Ils ont alors des valeurs opposées à celles défendues par le texte que vous avez lu : la corruption met l’éthique, l’intégrité et la responsabilité au placard, la fainéantise et le gain facile remplacent très rapidement l’effort au travail et le désir de dépassement. Nous sommes bien d’accord, les exemples résultants de ces valeurs ne sont pas à conseiller, mais, disons-le aussi, ces valeurs ne sont pas que l’apanage des dirigeants africains, elles sont bien plus répandues que cela dans le monde.

Essayons d’aller plus loin, que dire du pays le plus avancé de l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Sud. C’est bien celui dans lequel la domination occidentale a été la plus présente et le plus longtemps, également celui où la domination a été la plus forte. Et comment ne pas voir la corruption également présente dans les pays occidentaux et les valeurs d’éthique et d’intégrité si vite mises de côté lorsqu’il est question d’un gain financier. Comment croire aux politiques de la Banque Mondiale qui tentent de développer l’économie d’un pays tout en réduisant fortement les capacités de son système d’éducation alors que sans celui-ci, l’innovation et la création d’entreprise ne pourra pas avoir lieu ? De quelle marge de manoeuvre disposent les pays africains pour leur développement alors qu’ils doivent négocier avec de super multinationales pour l’exploitation de leurs sols ?

Non, décidément, rien n’est blanc, rien n’est noir. Les causes ne sont pas si faciles à identifier et surtout elles sont multiples. La théorie dévelopée dans ce document sont décidément trop simpliste, elle aveugle, non le développement n’est pas qu’une question d’attitude.

A la place de ce document, et pour alimenter le débat, je vous propose un petit film que vous connaissez peut-être déjà, mais il vaut la peine d’être vu et encore revu, c’est l’Ile aux fleurs, un petit documentaire brésilien, ainsi qu’une petite analyse par ITECO. Je vous conseille également la lecture d’une petite synthèse du livre de Joseph Sitglitz, la grande désilusion. Et pour finir, regardez le film Bamako s’il est programmé près de chez vous.

Après, ou avant, peut importe, on en débat ensemble sur le forum ci-dessous !

[1Les exemples sont nombreux, pour n’en citer que quelques uns :

[2Mais citons malgré tout quelques présidents ayant contribué notablement au développement de leur pays, parfois de manière fort belle, parfois en usant de la force :

Publié le : dimanche 18 février 2007.
Modifié le : dimanche 18 février 2007.

Derniers commentaires

> Développement et attitude

Comme il dit sur les dias, il faut tenir compte de l’éducation et de la culture......
mais lesquelles.... pour ma part, pas les européennes.

23 février 2007, 15:18, françois , Répondre à ce message

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